A. De l’application des techniques de sous-titrage

1.Généralités

Les différences entre traduction littéraire et traduction audiovisuelle sont très importantes. Dans le cas présent, la partie audition a déjà subi une forme d’adaptation dans la mesure où j’ai souhaité permettre à un lecteur d’écouter la chanson en rythme avec sa lecture. Ainsi le nombre de syllabes en Français est-il toujours plus court ou égal au nombre de mores en Japonais. L’ajout majeur sera donc l’image.

Il est évident qu’ajouter une image supplémentaire, en surbrillance sur une vidéo, va perturber l’analyse d’un spectateur. Il observera moins bien l’image, car il sera occupé à lire, voire à tenter d’ignorer les caractères présents. En revanche, on ne peut nier la qualité fortement explicative d’un sous-titre, qui semble pouvoir apporter davantage d’informations au public que ne le ferait même une version originale.

a)Simplification du sous-titre

Il faut simplifier le sous-titre pour une meilleure compréhension. Cependant, il me paraît crucial de générer un sous-titre des plus clairs. Sa traduction devra, tout comme une traduction littéraire, dépendre d’une étude au cas-par-cas, de telle ou telle scène, de telle ou telle façon de s’exprimer.

Elle dépendra également de l’information que donne l’image, mais il ne faut pas non plus compter sur cette dernière. On a rappelé que le spectateur remarquait moins bien l’image à cause d’un sous-titre, il faut donc que celui-ci donne autant d’informations que la version originale, pour compenser cette lacune.

b)Aspects techniques

La première étape d’une opération de sous-titrage consiste à repérer à l’avance comment vont se présenter et s’orchestrer les sous-titres. Il s’agit de déterminer combien de temps un sous-titre devra figurer à l’écran. Le principe est de ne pas faire chevaucher un sous-titre sur deux plans différents, car cela peut perturber le lecteur.

On considère en général que le sous-titre doit tenir sur deux lignes maximum, chaque ligne devant comporter entre 32 et 41 caractères en ce qui concerne la langue française.

Un lecteur a besoin d’un minimum de temps (environ six secondes, ce qui n’est pas toujours possible) pour lire deux lignes d’entre 35 et 37 caractères selon le support. On a tendance à condenser l’information afin que celui-ci comprenne plus vite et puisse profiter de l’image au maximum.

Typographie, luminosité, contraste, emplacement sur l’image, interviennent également dans la bonne présentation d’un sous-titre, qui doit être sobre et facile à déchiffrer.

Certaines règles de fragmentation, entre les lignes et les passages, sont également à respecter. Par exemple, il faut éviter de terminer la première ligne par un article, qui sera à placer au début de la ligne suivante. C’est une question de lisibilité qui me semble rejoindre les lois de la poétique…

c)Libertés et pluridisciplinarité

Je m’intéresse aux techniques de sous-titrage non-professionnelles. Souvent trop originales, elles sortent des sentiers battus pour proposer quelques procédés intéressants. Je ne pense pas utiliser ces techniques pour mon sous-titrage. En revanche, les logiciels utilisés par les professionnels étant difficilement accessibles, ce sont ceux suggérés par ce milieu particulier dont je me servirai.

Je profite également de mon amateurisme pour essayer d’appliquer tout le processus de traduction sans contrainte extérieure ou collaboration. Depuis le repérage jusqu’au placement à l’écran, je ferai tout, ce qui me permettra de contrôler la procédure complète et d’adapter de façon optimale. Cette possibilité impose certes au traducteur une plus grande polyvalence, mais elle me semble essentielle pour permettre aux techniques de sous-titrage d’évoluer vers un système qui permette une excellente optimisation des sous-titres.

2.Le clip

Avant même d’effectuer un repérage, je dois étudier le montage du clip à sous-titrer. Certains principes ne pourront peut-être pas être respectés selon la façon dont celui-ci se présente.

L’image a en général une grande influence sur la compréhension du public. Je crains cependant, au vu du clip, que celui-ci ne fasse que dérouter le spectateur. En effet, il ne donne aucune information sur le texte.

L’on est confronté à deux décors principaux. Le premier est un simple fond rouge foncé, dégradé vers le noir. Les membres du groupe y sont filmés en train de jouer et de chanter. Je note que leurs vêtements sont blancs, rouges et noirs, et qu’aux jeux de couleur des paroles s’ajoute ainsi un jeu graphique.

Le deuxième décor est celui d’une scène de nô. On y retrouve les membres du groupe, dans les mêmes tenues, mais ce sont deux personnages de nô (peut-être le même sous deux apparences différentes) qui attirent l’attention. Ils évoluent sur la scène un peu plus rapidement que la norme ne le veut et font presque oublier la présence des musiciens. L’on a pu utiliser un filtre de couleur jaune pour donner une ambiance particulière au lieu, en opposition au fond rouge. Le ciel même semble ainsi être celui d’un autre univers.

Comme j’ai pu l’analyser dans la présentation de la chanson, l’on peut deviner le rapport entre cette chanson et Yashima1, d’autant plus que l’un des personnages présentés lui correspond. Cependant, cette référence n’est accessible qu’à ceux qui connaîtraient bien la pièce et celle-ci ne suffit absolument pas pour comprendre la chanson.

On peut supposer aisément que le choix d’une scène de nô et de costumes associés est d’ordre graphique. Il met en exergue le goût du groupe pour le Japon traditionnel, rappelle les nô de guerrier, impressionne par les masques et, peut-être, permet une économie en termes de lieux de tournages. La sobriété très ésotérique de la scène produit un effet particulier.

En dehors de ces éléments, le montage a joué la carte de la rapidité. Afin de montrer la violence de la chanson, son côté sombre, les plans se succèdent très rapidement, se fondent les uns dans les autres, les deux univers se relaient. Visuellement parlant, le clip seul est perturbant, et il faut l’avoir vu plusieurs fois pour y repérer certains éléments. Une personne ayant regardé le clip pour la première fois saura simplement parler du principal personnage masqué, des deux chanteurs, et évoquer la présence de musiciens. Elle ajoutera certainement qu’elle n’a rien compris et qu’elle s’est ennuyée car, comme on me l’a très justement fait remarquer : « Il ne se passe rien ». En réalité, ce constat correspond assez bien à l’impression qu’a un occidental face au nô.

Une analyse plus poussée, de la part d’une personne connaissant bien les techniques de montage et de représentation cinématographiques, éclaircirait peut-être les choses sur la confection de cette vidéo.

3.Choix du traducteur

a)Base

Je dois, malgré le travail en accord avec le son effectué précédemment, bien considérer la version originale, accompagnée du clip, pour retraduire si nécessaire. Le travail précédent me sert de base dans la mesure où il cible déjà le rythme de la chanson. Au vu du clip étudié, les deux traductions auront quoi qu’il en soit énormément en commun.

b)Prendre ses distances avec le public : spécificité d’un clip

Je traduis une chanson. Je ne peux donc la simplifier à outrance, sous peine de perdre son esthétique autant que son sens, déjà flou. De plus, l’image ne correspondant presque pas au contenu auditif, je dois absolument être précise dans mes sous-titres.

Cette fois encore, malgré une volonté d’explicitation, je vais tenter d’omettre le manque de connaissances du public. Onmyo-za utilise cette même méthode et a produit un clip difficile à appréhender.

Les Japonais n’ont, en majorité, plus le bagage culturel nécessaire pour comprendre le nô. De la sorte, le côté intriguant de cet art, pour l’occidental, correspondra plutôt bien à l’effet qu’il doit produire sur le public japonais actuel.

c)Technique

J’ai établi la charte technique suivante2 :

  • Typographie : Sylfaen
  • Luminosité de 85% maximum (dépendant du contraste également)
  • Couleur RVB entre 16 et 236
  • Couleur du sous-titre : blanc crème entouré d’un liseré de couleur foncée, discrète, de même nuance que le fond sombre.
  • Espace d’au moins 1/12e du cadre au dessus du bord bas et sur les côtés

Je ne pourrai pas, pour ce clip aux changements de plans trop rapides (parfois plusieurs en une seconde), me baser exclusivement sur ceux-ci pour limiter mon sous-titrage. Je profiterai donc de cette liberté pour insister sur la rythmique et travailler à l’image d’un dialoguiste, en respectant les strophes chantées par les personnages, autant que faire se peut. Ainsi le sous-titre, malgré sa valeur explicative, suivra-t-il le concept de la vidéo : il ne pourra peut-être pas être appréhendé entièrement à la première visualisation.

J’ai choisi la police Sylfaen car elle est agréable, facile à lire et présente un côté peu moderne qui convient à la vidéo.

1« Nō enmoku jiten : yashima, arasuji midokoro » 能・演目事典:八島/屋島:あらすじ・みどころ(Base de données du Nô : yashima, résumé et temps forts) », op. cit.
2Jean-Marc Lavaur et Adriana Serban, La traduction audiovisuelle : Approche interdisciplinaire du sous-titrage, Bruxelles, De Boeck Supérieur, 2008, 166 p.

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